À quel moment se décide réellement l’impact d’un achat ?

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Lorsqu’une entreprise cherche à rendre ses achats plus responsables, elle regarde naturellement ses fournisseurs, leur empreinte carbone, leurs engagements sociaux, leurs certifications, leur localisation, leurs pratiques…

Mais lorsque le fournisseur reçoit le cahier des charges, une partie des impacts du futur achat a parfois déjà été décidée.

Le produit a été conçu. Le besoin défini. Les matières parfois imposées. Les exigences techniques fixées. Les volumes, les délais ou les niveaux de service déterminés.

L’acheteur intervient alors dans un cadre dont il n’a pas nécessairement défini toutes les règles. Une partie de l’impact de nos achats se décide donc bien plus en amont !

acheter c'est déjà choisir

Une grande partie de la RSE se joue dans les achats

Une entreprise achète des matières, de l’énergie, des équipements, du transport, des prestations ou encore des services numériques.

Derrière chacun de ces achats se trouvent des ressources consommées, des émissions, des conditions de production, des emplois, des transports, des dépendances et des risques.

Une entreprise n’achète jamais seulement un produit ou un service. Elle achète aussi une chaîne de valeur et les impacts qui lui sont associés.

C’est ce qui fait des achats un levier majeur de transformation : ils relient directement les ambitions RSE de l’entreprise à ses choix opérationnels.

Mais pour agir sur ces impacts, encore faut-il regarder où ils commencent réellement à se décider.

L’impact se décide dès la conception

Les démarches d’achats responsables s’intéressent beaucoup à la question « À qui achetons-nous ? »

L’éco-conception oblige à remonter en amont et à en poser une autre « Qu’avons-nous décidé de concevoir et de quoi avons-nous réellement besoin ? »

Le choix d’une matière, la durée de vie attendue, la réparabilité, le poids, l’emballage, la consommation d’énergie, les modalités de transport ou encore la fin de vie d’un produit ne relèvent pas uniquement des fournisseurs. Ce sont d’abord des choix de conception.

Et cette logique ne concerne pas uniquement les produits. Pour un service aussi, les choix réalisés en amont comptent : le niveau de prestation demandé, sa fréquence, les déplacements nécessaires, les moyens mobilisés, les délais ou encore certaines exigences contractuelles peuvent directement influencer ses impacts.

C’est précisément tout l’intérêt de l’éco-conception : penser les impacts environnementaux dès la conception d’un produit ou d’un service, plutôt que chercher à les réduire une fois les principaux choix déjà réalisés.

Lorsqu’un acheteur consulte le marché, une partie du champ des possibles peut donc avoir été réduite par les décisions prises en amont. Et cela change la manière de regarder la responsabilité du fournisseur.

Le cahier des charges est déjà une décision RSE

Le cahier des charges est souvent considéré comme le point de départ de la consultation. Il est aussi le résultat de nombreuses décisions prises en amont.

Une matière imposée, un délai très court, une exigence de finition, un conditionnement spécifique, une fréquence de livraison ou un niveau de service particulier : chacune de ces exigences influence les solutions que les fournisseurs pourront proposer.

Le cahier des charges n’est pas un document neutre. Il traduit les choix, les contraintes et les arbitrages de l’entreprise. L’enjeu n’est pas de supprimer les exigences. Il est de distinguer celles qui sont réellement nécessaires de celles qui peuvent évoluer.

Et de poser, avant la consultation, une question essentielle : Quelles exigences sont indispensables à la valeur attendue par le client ou l’utilisateur, et sur lesquelles pouvons-nous laisser davantage de marge de manœuvre ?

Cette marge de manœuvre est essentielle : elle permet aussi aux fournisseurs de proposer des alternatives que l’entreprise n’avait pas nécessairement envisagées.

choix fournisseur et besoin

Faire évoluer les achats suppose de faire évoluer la manière dont l’entreprise décide

L’acheteur ne peut pas faire tout cela seul. Il peut questionner un besoin, challenger une spécification, rechercher une alternative ou faire évoluer ses critères de sélection mais il ne peut pas décider seul de modifier la conception d’un produit, de remettre en cause une exigence technique, d’allonger un délai, de revoir un niveau de service ou d’accepter un autre équilibre entre coût, qualité, carbone, risque et performance.

La transformation des achats se joue donc aussi dans les interfaces entre les fonctions : achats, bureau d’études, métiers, production, Supply Chain, qualité, finance, direction… Chacun détient une partie de la décision.

C’est pourquoi intégrer réellement la RSE dans les achats suppose de créer davantage de dialogue en amont : questionner ensemble le besoin, confronter les contraintes, rendre visibles les impacts des différents choix et décider de ce que l’entreprise est prête à faire évoluer.

Avant le fournisseur, il y a nos choix

Réduire l’impact de ses achats ne commence donc pas nécessairement par un nouveau questionnaire fournisseur ou par l’ajout d’un critère RSE dans un appel d’offres. Cela peut commencer beaucoup plus tôt.

  • Par la manière dont l’entreprise conçoit
  • Par la manière dont elle définit son besoin
  • Par les exigences qu’elle considère comme indispensables
  • Par les marges de manœuvre qu’elle accepte de laisser au fournisseur
  • Par les critères qu’elle utilise ensuite pour décider

Le fournisseur a sa part de responsabilité et l’entreprise a la sienne. Une politique d’achats responsables ne commence pas par demander aux fournisseurs de changer. Elle commence par regarder ce que l’entreprise, elle-même, est prête à changer dans sa façon de concevoir, de décider… et d’acheter.

Acheter durablement, c’est encore plus exigeant

Acheter est déjà un métier exigeant : comprendre le besoin, connaître son marché, négocier, maîtriser les coûts, garantir la qualité, tenir les délais et sécuriser les approvisionnements. Acheter durablement ajoute encore une dimension à cette exigence.

Il faut intégrer les impacts environnementaux et sociaux, raisonner sur le cycle de vie, questionner certaines spécifications et arbitrer entre des critères parfois contradictoires.

Et surtout, l’acheteur ne peut pas le faire seul. Faire évoluer les achats suppose donc de faire évoluer l’entreprise avec eux.