La RSE fatigue-t-elle les entreprises ?
Le vrai risque d’une démarche RSE n’est peut-être pas celui que l’on imagine.
Il ne s’appelle ni greenwashing, ni surcharge réglementaire. Il tient parfois en quatre mots : « Encore un nouveau projet… » … derrière ces quatre mots, il n’y a pas un rejet de la RSE … il y a souvent de la lassitude !
Le sentiment que les projets s’accumulent sans toujours faire sens.
Les entreprises investissent. Elles réalisent leur Bilan Carbone®, construisent leur feuille de route RSE, travaillent leurs achats responsables, leur politique handicap, leur qualité de vie au travail, répondent aux attentes de leurs clients, anticipent les évolutions réglementaires..
Autant de démarches utiles pour avoir un impact positif sur l’humain et l’environnement… cela signifie aussi des transformations qui viennent s’ajouter les unes aux autres.
Alors pourquoi certaines démarches, pourtant porteuses de sens au départ, finissent-elles par lasser ?
Ce n’est peut-être pas la RSE qui fatigue ?
C’est l’accumulation des transformations.
Pendant longtemps, les entreprises ont conduit leurs projets les uns après les autres. Aujourd’hui, elles les mènent souvent… tous en même temps.
L’intelligence artificielle, la transition environnementale, les nouvelles réglementations, les attentes des clients, les évolutions des métiers, la qualité de vie au travail, la cybersécurité…
Les transformations ne se succèdent plus. Elles se superposent.
Dans un article publié en 2025, Harvard Business Review explique que nous sommes entrés dans une ère de « changement continu » : le changement n’est plus exceptionnel, il est devenu permanent. Selon une étude Gartner citée par la revue, le salarié moyen est passé de 2 initiatives de changement en 2016 à 10 en 2022.
Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si une transformation est pertinente. La question est de savoir si l’organisation est capable de l’absorber.
À bien y regarder, la RSE n’est souvent qu’une transformation supplémentaire parmi beaucoup d’autres. Et c’est précisément là que le risque apparaît.
Une entreprise n’existe pas pour faire de la RSE
Elle existe pour créer de la valeur :
- concevoir un produit
- rendre un service
- innover
- répondre aux attentes de ses clients
- créer des emplois
Et si nous avions parfois inversé les moyens et les finalités ? La RSE n’est pas une finalité. Elle ne devrait jamais devenir une couche supplémentaire de contraintes ou d’indicateurs. Elle doit être un levier d’amélioration continue, au service de la performance de l’organisation.
Une démarche RSE réussie aide une entreprise à mieux comprendre ses impacts, à renforcer sa résilience, à mieux coopérer, à innover, à mieux décider. Autrement dit, elle ne détourne pas l’entreprise de sa mission. Elle lui permet de mieux l’accomplir.
Alors pourquoi certaines démarches s’essoufflent-elles ?
Parce que nous consacrons beaucoup de temps à définir ce qu’il faut faire… et beaucoup moins à construire les conditions pour que cela fonctionne.
Nous élaborons des stratégies, des plans d’actions, des feuilles de route, des indicateurs. Tout cela est indispensable ! Mais cela ne suffit pas.
- une feuille de route ne transforme pas une organisation
- des indicateurs ne changent pas des comportements
- une stratégie ne crée pas, à elle seule, l’adhésion
La véritable question n’est donc plus « comment déployer une démarche RSE » mais plutôt « comment permettre à chacun de s’y reconnaître et d’y contribuer ». C’est une différence fondamentale. Une transformation ne devient durable que lorsqu’elle est comprise, discutée, expérimentée et portée collectivement.
Remettre du mouvement là où les démarches créent de la saturation
Lorsque les projets s’enchaînent, le premier réflexe consiste souvent à ajouter un nouvel outil, une nouvelle procédure ou un nouvel indicateur.
Et si la solution était ailleurs ? La solution est peut-être de remettre du mouvement là où les démarches créent de la saturation.
Remettre du mouvement, c’est d’abord redonner du sens, créer des espaces où l’on prend le temps de comprendre les enjeux, d’exprimer les inquiétudes, de confronter les points de vue, de construire une vision commune. Parce qu’on ne s’engage durablement que dans ce que l’on comprend.
Remettre du mouvement, c’est aussi partir du réel :
- prendre le temps d’évaluer la situation,
- de distinguer les véritables priorités du bruit ambiant,
- d’objectiver les enjeux avant d’empiler de nouvelles actions.
Une organisation progresse davantage lorsqu’elle concentre son énergie sur quelques leviers à fort impact plutôt que de multiplier les initiatives.
Remettre du mouvement, enfin, c’est accompagner la transformation dans le temps, faire évoluer les pratiques bien sûr, mais aussi :
- les relations,
- les postures managériales,
- les modes de coopération,
- la gouvernance,
- la capacité à apprendre ensemble.
Une transformation ne se décrète pas. Elle se construit. Elle s’ajuste. Elle se régule.
Faire … sans oublier d’être ensemble
Les transitions environnementales, sociales, numériques ou organisationnelles ont toutes un point commun : tout est humain dans les transitions !
Une organisation évolue lorsque ses processus évoluent. Mais elle se transforme durablement lorsque les femmes et les hommes qui la composent évoluent avec eux. C’est probablement le véritable défi des années à venir afin de faire en sorte que les démarches RSE deviennent des projets collectifs, porteurs de sens et créateurs de valeur.
Une démarche RSE ne devrait jamais être vécue comme une obligation de plus. Elle devrait être un levier pour mieux décider, mieux coopérer, mieux innover, mieux anticiper les risques et améliorer durablement la performance de l’organisation.
Concrètement, cela suppose peut-être de changer notre manière d’aborder les transformations, moins chercher à lancer de nouvelles actions, davantage prendre le temps de comprendre, de prioriser, d’expérimenter et d’embarquer les équipes, accepter que transformer une organisation demande autant de travail sur les relations que sur les processus.
Autrement dit, faire… sans oublier d’être ensemble car oui, cela demande des efforts. Cela demande de renoncer à certaines habitudes, d’accepter les désaccords, de prendre des décisions parfois inconfortables et de partager la responsabilité de la transformation. Mais c’est aussi ce qui permet aux changements de durer.
Et d’ici là, si votre démarche produit l’effet inverse, ce n’est sans doute pas la RSE qu’il faut remettre en question mais plutôt la manière dont nous conduisons les transformations.
La performance durable ne naît pas de l’accumulation d’actions mais de la capacité à remettre du mouvement, du sens et de la cohérence dans l’organisation.
Néanmoins, cela va impliquer de l’effort, de la responsabilité…